Louis Soutter hors contrainte

Parfois, d’une vie chargée d’épines naissent des œuvres magnifiques. La peinture de Louis Soutter est de cette force-là. L’artiste suisse (1871-1942) a connu une existence où le chagrin et la révolte dominent. Fils d’une professeur de chant, il commence une carrière musicale puis se consacre aux beaux-arts. À la trentaine, il sombre dans un état mélancolique probablement lié à son divorce. Suivent des années sombres où Louis Soutter, incapable d’affronter les difficultés du monde, se réfugie dans le jeûne et l’ascétisme. Sans doute dessine-t-il à cette époque, mais peu d’œuvres ont été conservées. Il faudra un événement tragique pour que son art prenne une nouvelle dimension. En 1922, sa famille ne supporte plus ses excentricités et ses dépenses d’argent inconsidérées. Elle décide de l’enfermer dans une maison de santé puis dans un hospice de vieillards alors qu’il n’a que cinquante-et-un ans ! Là, il se met à dessiner frénétiquement pour s’échapper de cette prison où il souffre terriblement de la promiscuité, de la rusticité de ses compagnons.

“DIAE” (b/m), “Mosaïque / Regine / Mme Barraud / Mme W Barraud” (verso) Encre de Chine, papier quadrillé, 22,1 x 17,3 cm, Collection P.P., Suisse.

Comme il n’a pas d’argent, il peint sur tout ce qu’il peut : des carnets d’écoliers, des papiers d’emballage, des dos de lettres. De cette période dite des cahiers d’écoliers, naissent des dessins à la plume, au crayon traités en hachures fines ou bien en arabesques évoquant l’Art nouveau. Ensuite, des amis et des mécènes qui apprécient son talent lui offrent des feuilles de papier, de l’encre de Chine. Les dessins prennent alors de l’ampleur, les thèmes se restreignent, souvent centrés sur la présence féminine. Le trait est toujours fin et dense, emplissant l’espace, les détails prolifèrent, c’est la période dite maniériste.

En 1937, nouveau coup du sort et métamorphose du style. Louis Soutter, atteint d’arthrose, peint avec ses doigts, qu’il trempe dans de la peinture utilisée en carrosserie. L’accumulation de traces sur le papier produit des silhouettes longilignes qui ne sont pas sans rappeler les corps hiératiques des sculptures d’Alberto Giacometti. Ces figures sombres et métaphoriques rythment la composition, avec une force visuelle hypnotique.

Glace d'argent, miroir d'ébène, 1938, Peinture au doigt, 44 x 58.1 cm, Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts

Si vous souhaitez juger par vous-même, il faut vous dépêcher d’aller voir la belle exposition organisée sur l’artiste par la Maison Rouge à Paris. Il vous reste encore quelques jours. Elle se termine le 23 septembre 2012.

Pour en savoir plus :

Fondation Maison Rouge

Biographie de Louis Soutter (Wikipédia)

 

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