Connaissez-vous Paula Rego ?

Les peintures de l’artiste Paula Rego fascinent par leur puissance évocatrice, leurs sous-entendus ironiques. Ses contes cruels, mêlant réalité et fiction, nous plongent dans un univers familial où le pire est tapi dans l’ombre.

Le Musée de l’Orangerie à Paris accueille Paula Rego. L’exposition se termine le 14 janvier. Il faut courir la voir, car elle sera une vraie découverte pour beaucoup. Cette artiste contemporaine portugaise a fui la dictature de Salazar quand elle était adolescente, pour s’installer à Londres où elle vit toujours depuis plus de cinquante ans. Elle est l’unique femme artiste du groupe de l’École de Londres, où l’on retrouve notamment Lucian Freud, Francis Bacon. Elle crée des œuvres figuratives puissantes, oniriques et sarcastiques. Celles-ci évoquent la condition féminine, le monde de l’enfance dans des scènes étranges, à contre-courant du bon goût bourgeois.

« Mes sujets favoris sont les jeux de pouvoir et les hiérarchies, confie l’artiste. Je veux toujours tout changer, chambouler l’ordre établi, remplacer les héroïnes et les idiots. » S’inspirant de mannequins, poupées et masques mis en scène dans son atelier, Paula Rego crée des personnages ou animaux qu’elle transforme et travestit, donnant ainsi naissance à des saynètes composées sur de grands formats, où se mêlent réalité et fiction, rêveries et cauchemars.

 

Deux œuvres à la loupe

 

Petites filles pas si sages

 

Paula Rego Snare

Paula Rego (1935-), Snare, 1987 Acrylique sur papier monté sur toile 150 x 150 cm © Paula Rego. Courtesy of the British Council Collection

La série des Filles et chien (« Girls and Dog« ) marque, dès 1986, le début du style naturaliste de Paula Rego, caractérisé par une volumétrie dramatisée et un dessin puissant. Ces compositions carrées mettent en scène des petites filles vêtues comme dans un conte de l’époque victorienne, jouant et manipulant un chien. La perspective raccourcie dote ces représentations d’une monumentalité saisissante, conférant aux fillettes une toute- puissance face à l’animal…

 

Des jouets et de petits animaux jonchent le sol des œuvres de la série « Girls and Dog« . Ils forment les premiers accessoires de l’atelier qui va progressivement se remplir de figurines, de personnages à mesure que les thèmes de ses « tableaux vivants » se complexifient. Admirant les masques de James Ensor, Paula Rego manie le plâtre, le papier mâché, chine également, pour créer, avec l’aide de son assistante, Lila Nunes, ou de sculpteurs comme Cathie Pilkington ou Ron Mueck (son gendre), toute une faune d’atelier. Telle une petite fille dans l’espace fantasmatique de sa chambre, Paula Rego orchestre de véritables saynètes mêlant modèles et artefacts, pour composer ses tableaux.

 

Gravures énigmatiques

 

Paula Rego aquatinte

Paula Rego (1935-), Sing a Song of Six Pence, 1989. Eau forte et aquatinte, 52 x 38 cm. © Copyright Paula Rego. Courtesy Marlborough Fine Art

Paula Rego aborde de nombreuses techniques : la peinture à l’acrylique ou au pastel, la sculpture, la gravure. Après la mort de son mari, elle se lance dans une série d’aquatintes d’après les comptines enfantines anglaises. Chacune des estampes présentées dans l’exposition est un petit bijou et montre la parfaite maîtrise du dessin et des références multiples de l’artiste.

La peintre aime à raconter comment son père lui faisait lire la Divine Comédie de Dante illustrée par Gustave Doré. Grande lectrice des classiques de la littérature enfantine – Alice au pays des merveilles, Peter Pan, les romans de la comtesse de Ségur, Pinocchio –, elle connaît parfaitement les dessins d’Arthur Rackham, les illustrations de Tenniel pour Lewis Carroll, les transpositions caricaturales ou animales d’un Daumier ou d’un Grandville. Son interprétation des comptines britanniques met en exergue les accents cruels, voire pervers, de ces poésies rimées, donnant lieu à des scènes fantasques et complexes, où animaux et humains se donnent la réplique.

« Je peins pour donner un visage à la peur »

 

Infos pratiques

 

Les Contes cruels de Paula Rego, Musée de l’Orangerie, 1 Place de la Concorde – Jardin des Tuileries (côté Seine), 75001 Paris

17 octobre 2018 – 14 janvier 2019

www.musee-orangerie.fr

 

En bonus

 

Un reportage sur l’exposition au Musée de l’Orangerie dans l’émission Entrée libre sur France 5

 

 

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