Les secrets de la technique de Grayson Perry

Grayson Perry

Affiche de l’exposition Grayson Perry à la Monnaie de Paris

La Monnaie de Paris nous a fait découvrir l’univers incroyable de l’artiste anglais Grayson Perry, superstar dans son pays. Ses œuvres en céramique, en métal, ses tapisseries et gravures sont autant de réflexions ironiques et grinçantes sur des questions universelles comme l’identité, le genre, la classe sociale, la religion et la sexualité. Grayson Perry joue avec sa propre identité qui devient partie intégrante de son œuvre.

Des références autobiographiques (à l’enfance de l’artiste, à sa famille et à son alter ego féminin Claire) vont de pair avec des questions sur l’être et le paraître, la classe sociale et les goûts, le statut de l’artiste par rapport à celui de l’artisan. Provoquant et facétieux, Grayson Perry nous pousse dans nos retranchements et nous oblige à repenser nos certitudes.

Parmi ses œuvres les plus originales et les plus emblématiques (car c’est par elles qu’il s’est fait connaître) : la céramique. Grayson Perry découvre cette technique par hasard en accompagnant une amie à un cours du soir. Il décide de faire sien cet art considéré comme désuet par la critique. La terre lui permet de s’exprimer en liberté, osant tout, derrière le conventionnalisme sérieux d’un vase ou d’un pot. Il dresse un portrait acéré et tendre sur ses contemporains et sur lui-même.

Les questions les plus fondamentales que nous puissions nous poser sont à mon avis « Qui suis-je ? » et « Qu’est ce que je veux ? » Aussi simples qu’elles paraissent, elles sont émouvantes et importantes dès lors que nous y répondons sérieusement et en profondeur. Ce sont des interrogations essentielles pour un artiste, car je décris souvent mon travail comme «faire ce que je veux» et je pense qu’il est très difficile de savoir ce que l’on veut si on n’a aucune idée de qui on est. Je me suis posé ces questions régulièrement entre 1998 et 2004 quand j’ai entrepris une psychothérapie. Les réponses ont été une révélation pour moi et, depuis lors, j’adresse les mêmes questions à la société.

Sa technique de la céramique

 

Grayson Perry

Vase Queen’s bitter (La bière amère de la Reine).

L’artiste explore toutes les possibilités de la céramique avec une grande liberté. Il réalise lui-même ses pièces sans faire appel à des petites mains extérieures. Pour les façonner, il assemble couche par couche des colombins (des boudins) de pâte d’argile. Il précise ensuite la forme en lissant l’argile à la main ou à l’aide d’outils. Grayson Perry n’hésite pas à créer des pièces de très grand format, qui nécessite une grande maîtrise.

L’artiste mixe les techniques. Une fois qu’il a créé la forme du vase, il la recouvre d’une argile colorée liquide. Il réalise des dessins en creux, écrit des mots en incisant la terre crue avec une pointe en métal. Des effets décoratifs sont parfois ajoutés selon la technique du sgraffite en « peignant » la surface du vase. Perry effectue aussi des empreintes avec des moules et rajoute des motifs en volume.

« Ceci est une œuvre festive sur la culture de la classe ouvrière »
Grayson Perry

Détail du vase Precious Boy de Grayson Perry où il s’inspire d’une céramique japonaise du XIXe siècle.

À certains endroits du vase laissé en réserve, il va rajouter des photographies, issues de ses archives personnelles ou de coupures de presse. C’est ce qui donne en partie cet aspect très contemporain à ses œuvres. Comme le vase va ensuite être cuit au four, il ne peut pas s’agir d’une photo papier qui serait brûlée. Grayson Perry est peu disert sur sa technique de transfert. Il s’agit sans doute de décalcomanies adaptées à la céramique. L’image est imprimée sur un papier avec une encre spéciale. On plonge le papier dans l’eau, la décalcomanie se détache, et peut être appliquée sur le support. L’image sera fixée lors de la cuisson au four.

Quand il a fini son décor, Grayson Perry laisse sécher son vase. Puis il effectue une première cuisson qui durcit de manière irréversible la matière. Il applique ensuite des couleurs complémentaires grâce à un travail d’émaillage. Il applique au final une couverte transparente colorée qui va unifier ses tonalités. Le vase est de nouveau cuit pour fixer la couleur.

« J’ai copié le modèle en substituant des travestis aux grosses carpes, de manière à introduire une sorte de masculinité sombre et d’agressivité qui contraste avec l’atmosphère poignante et séduisante de la surface. »

Matching pair, gros plan sur une œuvre

 

Grayson Perry

Matching Pair, 2017 de Grayson Perry. Courtesy the artist and Victoria Miro, London / Venice.

Dans l’exposition à La Monnaie de Paris, deux grands vases étaient exposés côte à côte. Intitulés Matching Pair, ils font référence au Brexit. Grayson Perry les a créés après avoir invité le public, via les réseaux sociaux, à lui envoyer des idées, des images, des phrases et des photos qui représentent les choses du Royaume-Uni qu’ils aiment, les marques et les personnalités qu’ils préfèrent ainsi que leurs réflexions sur le Brexit.

Les deux œuvres inspirées par ce processus – l’une représentant les partisans du Brexit, l’autre les opposants – présentent en fait une grande similarité. Perry montre ici que les éléments qui rassemblent les Britanniques sont plus nombreux que ceux qui les séparent, suggérant que le vote a été une réponse émotionnelle plutôt qu’une réaction rationnelle ou économiquement fondée aux mutations de la société.

 

 

Jane Austeen dans le E17, gros plan sur une autre œuvre

Grayson Perry

Jane Austeen in E17. Vase de Grayson Perry

 

Voici ce que Grayson Perry dit de ce très beau vase, dans le livret de l’exposition à la Monnaie de Paris. « Ceci est un de mes plus grands vases, qui représente un véritable tour de force technique. Son objectif principal était de démontrer ma maîtrise des techniques que j’avais apprises. E17 est le code postal de Walthamstow et fait référence au conflit entre la culture courtoise de la classe moyenne et la zone nord de Londres, que je vois depuis la fenêtre de mon atelier, avec ses rangées de logements sociaux.

J’ai dessiné des dames vêtues de robes classiques de l’époque géorgienne et occupées, entre autres, à prendre le thé. Je suis parti d’illustrations de costumes d’époque et de séries historiques vues à la télévision. Les images décorant le fond constituent essentiellement en photographies inspirées par les trésors urbains dont Walthamstow regorge : les notifications de vidéosurveillance, les pancartes « Chien de garde », les antennes paraboliques.

Mais je voulais surtout obtenir une unité esthétique. Il fallait que ce vase ait une apparence de perfection, une qualité aquatique donnant l’impression d’une scène se déroulant sous l’eau. Ce n’était pas tant la dissonance des images que la couleur, la texture et les lignes fluides qui m’intéressaient. J’ai surveillé de très près l’agencement des couleurs, composées de vert, de bleu avec un peu de violet, et de petites touches de rouge. »

Et la tapisserie ?

 

Depuis 2009, Grayson Perry développe un travail de tapisserie monumental et magnifique. À la place des grandes scènes mythologiques ou des batailles historiques, il tisse les excentricités et les particularités de la vie britannique moderne. Il utilise cette forme ancienne de l’allégorie pour relater les différences et les clivages sociaux, encore très présents de nos jours au sein de la société anglaise. Les tapisseries sont réalisées à partir de dessins numérisés fournis par l’artiste. Cette technique permet un luxe de détails et de couleurs, une minutie fascinante.

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Série : The vanity of Small differences.
Tapisserie ; laine, coton, acrylique, polyester et soie 200 x 400 cm © Grayson Perry. 2012.

Grayson Perry

Série : The vanity of Small differences.
Tapisserie ; laine, coton, acrylique, polyester et soie 200 x 400 cm © Grayson Perry. 2012.

Grayson Perry

Série : The vanity of Small differences.
Tapisserie ; laine, coton, acrylique, polyester et soie 200 x 400 cm © Grayson Perry. 2012.

 

En bonus : découvrez l’atelier de Grayson Perry

(Vidéo en anglais)

 

En savoir plus

Grayson Perry, Vanité, Identité, Sexualité, exposition du 19 octobre 2018 au 3 Février 2019 à la Monnaie de Paris.

 

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